Mission : Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune ou l’histoire de deux petites sondes en route pour l’éternité.

En 1977, le projet Voyager est dirigé pour la NASA par le Jet Propulsion Laboratory, à Pasadena (Californie), c'est l'une des plus grandes aventures du XX' siècle, avec la conquête de la Lune. La base de Cap Kennedy accueille les deux fusées Titan 3 E Centaure qui doivent lancer deux sondes : Voyage 1 (5 septembre 1977) et Voyager 2 (20 août 1977).

Leur mission : un voyage avec, comme étapes, Jupiter, Saturne, Ura­nus et Neptune. Peu de carburant pour ce voyage, seules les forces gravi­tationnelles ont été utilisées au maximum, a partir d'un créneau de lancement de seulement quelques jours, dans lequel l'alignement des planètes permet­tait d'utiliser « l'effet de fronde ». Pour la première fois depuis 176 ans, les pla­nètes lointaines s'alignent du même coté du Soleil, si le lancement échoue, il fau­dra attendre 176 ans pour retrouver les mêmes conditions.

C'est un jeu de billard interplanétaire ; la sonde arrive très lentement (ralen­tie depuis la Terre par commande radio) à proximité de la planète Jupiter qui, par sa rotation et sa gravitation l'accélère, elle devient son satellite pour plusieurs tours. Depuis la Terre, Instruction est donnée de s'éloigner du champ, pour ensuite prendre la direction de Saturne.

Génération 77

Les deux sondes Voyager de 808 kilos chacune, étalent équipées de deux micro-ordinateurs de la génération 1977, programmables depuis la Terre par radio. Au fur et à mesure de leur éloignement, les temps de réponse étaient de plus en plus longs (déjà 37 minutes pour Jupiter).

Les principaux composants de la son­de : une antenne parabolique de 3,70 m pour communiquer avec la Terre, deux caméras électroniques, un photo-polari­mètre, un radio-spectromètre à infrarouge (IR), un spectromètre ultraviolet (UV) et de détecteurs de rayonnement cos­mique, magnétomètre de détection du champ magnétique.

Les instruments optiques sont dispo­sés sur une plateforme directionnelle, commandée depuis la Terre. Deux autres antennes sont destinées à la radioastro­nomie et aux expériences de détection des ondes de plasma. Sur un des bras étaient installés trois générateurs élec­triques radio-isotopiques.

Au printemps 1979 Voyager 1 arrive à proximité de Jupiter (après avoir traversé la ceinture d'astéroïdes située entre Mars et la planète géante Jupiter, 11 fois le diamètre de la Terre, 300 fois sa masse, 1.300 fois son volume. Sa journée est de 10 heures terrestres, sa révolution autour du Soleil se fait en 12 années terrestres.

Jupiter possède au moins 16 satellites, dont certains furent découverts par les sondes, son atmosphère étant constituée principalement d'hélium et d'hydrogène, présents sous forme de bande de cou­leur à sa surface.

Les sondes ont permis aux scienti­fiques de constater que l'atmosphère jovienne changeait constamment dans le temps, grâce à des photos prises à quatre rois d'intervalle.

L'anneau de Jupiter fut découvert par les sondes, composé de particules sombres il n'a que 30 kilomètres d'épais­seur.

Bonjour Saturne !

En août 1980 la sonde Voyager I arrive sur Saturne; constitué, comme Jupiter, d'hydrogène et d'hélium fluide, agité par endroits par des vents de 1.800 km.

Saturne est le corps le moins dense du système solaire, elle flotterait sur un océan s'il en était un à sa mesure. Satur­ne s'est révélée être la planète la plus fournie en satellites, dont Titan, qui pos­sède des similitudes avec la terre, puis­qu'il a une atmosphère de 200 km d'épaisseur.

Les planètes Uranus et Neptune ont donc été survolées par Voyager 2. Elle est arrivée près d'Uranus en janvier 1986. Gros comme quatre fois la Terre, c'est un monde gazeux enveloppé d'une épaisse couche de brume plus dense que Jupiter et Saturne. Uranus doit posséder un noyau plus volumineux.

Particularité unique dans le système solaire, son axe de rotation est presque couché sur le plan de son orbite, vraisemblablement à la suite d'une colli­sion survenue au début de son histoire. Autre fait unique, la découverte d'un champ magnétique d'intensité équiva­lente à celui de la Terre, dont l'axe est inclinée à 55 ° par rapport à l'axe de rota­tion de la planète. Peut-être est-ce une réminiscence de cette collision cataclys­mique. Beaucoup de petits satellites inconnus jusque là ont été découverts.

En août 1989, Voyager 2 nous révèle la couleur bleue de Neptune, due au méthane contenu dans son atmosphère, secouée par de forts vents de 2.200 km/h, au coeur de la tâche sombre qui est un gigantesque cyclone de la taille de la Terre.

Des nuages blancs, très proches de nos cirrus terrestres, balaient horizontale­ment l'atmosphère de Neptune, ils peu­vent atteindre 65 km de hauteur.

Comme les autres planètes géantes, Neptune possède des anneaux fins. La sonde Voyager 2 a découvert six nou­veaux satellites de Neptune, dont un qui présente, à sa surface, un immense cratè­re d’impact.

En 12 ans, Voyager 2 a parcouru 6 mil­liards 500 millions de kilomètres ; 6 ans plus tard, Il a pris une photo du système solaire au-delà de l'orbite de Neptune la Terre n'est plus qu'un tout petit point !

Porteur d'un message des Terriens, Voyager 2 est parti en direction de Sirius 9 AL, et y arrivera dans 300.000 ans...

Nous avons aujourd'hui la certitude que la vie, telle que nous la connaissons, n'est possible que sur Terre, dans notre système solaire.

Article publié dans le journal « La Montagne » en octobre 1995